1882 : Fondation à Kharkov, en Ukraine, de l'organisation Bilou, premier mouvement pionnier d’émigration en Eretz Israël. Les membres fondateurs, de jeunes rebelles dirigés par Israël Belkind, avaient cru aux nouveaux idéaux socialistes et à l'intégration des Juifs russes dans leur pays natal. Mais la vague de pogromes modifia cette conception. Ils appelèrent alors les Juifs à cesser de croire au progrès et à la culture de l'Europe, et à se convaincre plutôt de «la vitalité de notre peuple»; ils élaborèrent alors un plan national touchant la fondation d'un centre politique pour les Juifs. Cette organisation étudiante prône l’alyah – émigration vers Eretz Israël- et la renaissance de la langue hébraïque. Son nom Bilou est l’acronyme de l’hébreu : « Beit Yaacov Lekhou Vena'ale », qui veut dire « Venez maison de Jacob, allons et marchons [le mot alyah venant précisant de cette racine ‘monter’», tiré d’un verset d’Isaïe (Isaïe, 2:5). A la croisée philosophique de courants « éclairés » prônant la modernité et l'universalisme, telle la Haskala, mouvment juif des Lumières (fin 18ème et 19ème siècle)- Bilou tente de concilier identité juive et participation active à la vie culturelle et civile des pays européens dans lesquels ils vivent. Bilou et un autre mouvement du même genre, les « Amants de Sion », poseront les fondements du sionisme, s'appuyant sur 3 facteurs complémentaires : l'amour ancestral des Juifs pour leur patrie historique, la vague des pogroms de 1881 en Russie, et les efforts d'une minorité très active, convaincue que le Retour à Sion est la seule solution au problème juif. Précédant ainsi d'une quinzaine d'années le mouvement sioniste proprement dit, Bilou enverra quelques dizaines d'émigrants en Palestine ottomane, un 1er groupe de 14 personnes débarquant à Jaffa le 6 juillet 1882, suivi du second composé de 34 d'entre eux, dont 4 jeunes femmes. Cette 1ère alyah (soit de 1882 à 1903) concerne plutôt des individus ou de petits groupes, à l'origine de la création des premières localités agricoles, les moshav, tels Mikve Israel ou Rishon Lezion. Au total, près de 25.000 immigrants, principalement en provenance d'Europe de l'Est, viennent à cette période, en 2 vagues principales : 1882/84 et 1890/91. Ceux-ci traversent des moments difficiles, travaillant comme simples fermiers avant de fonder Gedera au sud de la plaine côtière. Ce nouveau Yishouv (population juive en Eretz Israël) permit simultanément la fondation de 28 implantations agricoles, l'achat de 90.000 acres de terre, l'installation des premières entreprises industrielles, l'introduction d'activités culturelles et l'utilisation quotidienne de l'Hébreu. C'est aussi le début de l'implantation urbaine, particulièrement à Jaffa, ou 3000 nouveaux arrivants ont établi leur foyer. L'hébreu est à nouveau une langue vivante enseignée dans les premières écoles primaires. Toutefois, la culture française, propagée par l'Alliance Israélite Universelle et l'administration du baron Edmond de Rothschild est également très largement répandue. Les « Bilouim » (membres de Bilou) contribueront activement à l'instauration du nouvel Etat juif, marquant pleinement leur époque par nombre d'idées, de publications et de souvenirs qui influenceront toutes les vagues d'immigration durant plusieurs générations. Ce mouvement envisageait ainsi le retour en Terre promise comme une rencontre historique entre frères sémites, tous fils d'Abraham. L'image romantique qu’ont les membres ashkénazes du mouvement Bilou des Arabes fut l'un des facteurs favorisant la promotion de l'étude de l'arabe, et sera notamment relayée par David Ben Gourion lui-même. |