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Commentaires de leaders du Hamas sur l’accord de La Mecque et les attentes du Quatuor

10 au 28 février 2007

Les citations qui suivent proviennent de leaders du Hamas depuis la signature de l’accord de La Mecque entre le Fatah et le Hamas et ont été faites en considérant les demandes du Quatuor.

 

    1- Ahmed Youssef, conseiller du Premier ministre Haniyeh

 

a. Interview à Reuters, 10 février 2007

La question de la reconnaissance n'a pas été soulevée du tout à La Mecque, déclare Ahmed Youssef. « Dans la plate-forme du nouveau gouvernement, il n'y aura aucun signe de reconnaissance (d’Israël), quelles que soient les pressions que voudraient exercer les Etats-Unis et le Quatuor. »

 

b. Interview à Al-Jazeera TV, 10 février 2007

Il a noté que les directives politiques pour le prochain gouvernement n'incluent pas la reconnaissance d'Israël. C'était clair en ce qui les concerne, et ce qui est écrit dans l'accord de La Mecque est également clair, en dépit des tentatives de certains d'inclure la reconnaissance d'Israël dans l'accord. Il a réitéré qu'il était « aussi clair que le soleil de midi » qu'il n'y aurait aucune reconnaissance d'Israël et que ce sujet était hors de propos du document du consensus national.

« Par conséquent toute discussion à ce sujet ou toute pression européenne dans ce sens (est rejetée) ; nous disons qu’il n’y a pas de reconnaissance d'Israël par le Hamas comme mouvement, et ceci a été dit clairement dans les entretiens avec les Européens. ».

 

c. Al-Hayat, 11 février 2007

Il a estimé que les Etats-Unis maintiendraient la pression jusqu’au dernier moment pour obtenir l'acceptation des trois conditions du Quatuor : reconnaissance d'Israël, reconnaissance des accords avec Israël et arrêt de la violence. Youssef a indiqué que les Européens ignoreraient la condition de reconnaître Israël.

 

 

    2. Ismail Radwan, porte-parole du Hamas

 

« L'accord conclu à La Mecque ne signifie pas la reconnaissance de l'entité israélienne (... ). La position du Hamas est ferme et bien connue, et c’est celle d’une non-reconnaissance de la légitimité de l'entité sioniste. (...) Le Hamas est une chose, le gouvernement est une autre, mais le gouvernement est basé sur le document du consensus national qui ne reconnaît pas l'entité sioniste. (...) Il n’a pas été exigé du gouvernement de reconnaître Israël. L’OLP l’a fait, et c'est son problème. »

 

 

    3- Khaled Mashal, chef du Hamas (vit en Syrie)

 

a. Interview à Al-Hayat, 10 février 2007

 

« La question de la reconnaissance ne s'est pas posée dans les discussions que nous avons eues. Personne ne nous a demandé de le faire. Nous sommes tombés d’accord sur les directives de ce gouvernement ; nous faisons partie du gouvernement comme les autres groupes et nous sommes tenus par les accords contenus dans le document du consensus national, par la lettre de nomination que nous avons acceptée comme gouvernement, et ces directives politiques sont partagées par toutes les factions palestiniennes, mais chaque faction maintient ses propres idées politiques. »

 

b. Interview à Tareq Abbas, journaliste, Jeddah, 11 février 2007

« Nous n'avons aucun complexe au sujet du dialogue avec n'importe quel pays dans le monde, y compris les Etats-Unis, mais excepté l'entité sioniste. »

 

c. Interview à Al-Akhbariya TV, Arabie Saoudite, 12 février 2007

Comment décrivez-vous l’absence de reconnaissance d’Israël de la part du Hamas et la réalité de la situation qui exigerait des réunions et des contacts avec les fonctionnaires israéliens ?

« Chaque mouvement de l'arène palestinienne a sa propre vision et ses spécificités, et a la liberté totale d’adopter le programme politique de son choix et dans lequel il croit. (…) Cependant, le gouvernement palestinien est un gouvernement d’union nationale et aussi longtemps que ce sera le cas, son programme politique ne sera pas celui d’une faction particulière. Ni celui du Hamas, ni celui du Fatah, ni celui d’un autre parti, mais le gouvernement se basera sur un programme politique qui est le dénominateur commun parmi toutes les factions, ce sur quoi nous sommes tombés d’accord. Le document d’entente nationale est un programme national unanime que tout palestinien consent. »

 

d. A Moscou, lors d’une entrevue avec Sergei Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, 27 février 2007

« Le Hamas ne reconnaîtra pas Israël. »

 

 

    4- Moussa Abu Marzouk, vice-président du bureau Politique du Hamas

 

a. Interview à Al-Arabiyya, 12 février 2007

« Il n'est pas nécessaire que la base pour fonder un Etat palestinien doive être une reconnaissance mutuelle, parce que c'est un droit palestinien absolu. La base (pour des relations) entre les Etats n'est pas simplement une question de reconnaissance ou de non-reconnaissance. Il y a diverses voies et la question sera débattue après la fondation (de l'Etat) et la reconnaissance de ce droit palestinien. »

 

b. Interview sur le site internet du Hamas, 17 février 2007

« Q : Quelles furent les concessions faites par le Hamas pour assurer le succès des entretiens de La Mecque ?

A : Je souligne de nouveau fermement que le Hamas souhaite renforcer l'unité nationale, mais ce sur quoi a consenti le Hamas à La Mecque n’était pas différent des accords à Damas. Il y a eu des débats minutieux au sujet des mots "respect" et "obligation" (concernant les documents signés par l’OLP) et il était clair pour tous que le Hamas ne pourrait pas être d'accord sur tout ce qui ne relève pas de ses positions politiques.

Q : Est-ce à dire que le Hamas a fait des concessions au sujet de la distribution des portefeuilles ministériels, mais pas en ce qui concerne les sujets politiques ?

A : Politiquement, le Hamas était très flexible, et n'a fait aucune concession concernant les principes palestiniens. Le Hamas a atteint les limites de sa flexibilité et ne peut pas aller plus loin politiquement. Aux entretiens de Damas entre le Fatah et le Hamas, je pense que le Hamas est allé aussi loin qu’il le peut politiquement, et ne pourrait pas aller plus loin. Aucune partie n’a cédé quand nous en sommes venus aux concessions. Les deux côtés ont fait des concessions pour le peuple palestinien, et c'est Abu Mazen [Mahmoud Abbas] qui était d'accord sur l'utilisation du mot "respect" dans la lettre de nomination, permettant de ce fait d’atteindre un accord. »

 

 

    5. Bassem Naim, Ministre de la Santé de l’Autorité Palestinienne

 

« Le Hamas ne reconnaîtra pas Israël, ce que nous avons dit à plusieurs reprises ; nous ne renoncerons pas à nos principes et nous respecterons de façon pragmatique la signature de l’Autorité Palestinienne sur ses accords avec Israël. »

« Le gouvernement palestinien ne doit pas reconnaître Israël. L’OLP l’a déjà fait. »

« Le Hamas n'accepte pas l'existence d’Israël et ne négociera pas avec lui. »

« Quant au Quatuor et aux autres demandes internationales, la délégation du Hamas à La Mecque a déclaré depuis le début qu'elle ne reconnaîtrait pas Israël et ne s’inclinerait pas devant ces demandes. »

 

 

    6. Al-Mazini Usama, haut fonctionnaire du Hamas 

 

Interview à la radio Sawt al-Arab, 19 février 2007

« Nous ne ferons aucune concession concernant nos droits nationaux éternels, nous ne reconnaîtront pas l'Etat de cette entité, nous ne cèderons pas sur les réfugiés, Jérusalem ou nos prisonniers héroïques. Nous n'abandonnerons pas nos principes quelles que soient les pressions qui peuvent venir. »

 

 

    7. Ousama Hamdan, représentant du Hamas au Liban

 

Extraits d’une interview à la television Al Manar

« Tous les traités avec l’occupation étaient des erreurs historiques parce qu'ils impliquaient la reconnaissance de la légitimité de l’occupation et s’opposaient à la résistance. »

« Chacun sait qu'une des conditions pour la reconnaissance du gouvernement [palestinien] et l’apport d'argent est la fin de la violence et de la résistance. Nous avons dit que la résistance continuerait et nous avons effectué des actions telles que la capture du soldat israélien Shalit, de même que d'autres actions contre l’occupation agressive. »

« Je pense que le Hamas voit toujours la résistance comme une option stratégique et ne fera aucune concession - si Allah le veut – jusqu’à que nous soyons victorieux en Palestine. »

 

 

    8. Khalil Abu Leila, membre du bureau Politique du Hamas

 

Interview à la BBC en arabe, 16 février 2007

« Je crois que La Mecque fut un succès, parce que le but a été atteint, mais en ce qui concerne les principes du Hamas, nous maintenons nos positions dans l'intérêt suprême palestinien. Nous continuons à rejeter et à résister aux demandes du Quartet. »

 

« Le gouvernement n’a pas à reconnaître Israël. Nous devons apprendre du passé. L’OLP a entièrement reconnu l'entité sioniste et a supprimé les paragraphes de sa charte se rapportant à Israël [1], mais rien n'a été réalisé. L'entité sioniste temporise et a l'appui de l’Occident et de la Communauté européenne. »

 

« La réorganisation d'OLP a été conçue de façon à conserver toutes ses factions palestiniennes, cela était important, l’OLP doit être unie de nouveau, sa charte doit être reformulée pour refléter les intérêts les plus élevés des Palestiniens, et alors nous viendrons tout comme membres de l'OLP pour réexaminer ce que l’OLP a fait lors des accords d'Oslo, toutes les négociations avec l'entité sioniste, et nous verrons alors si elle coïncide avec les intérêts suprêmes du peuple palestinien. S'il n'y a aucun conflit, alors nous pourrons emprunter cette voie, mais si nous constatons qu'il y a des contradictions, nous devrons alors réexaminer les accords. »

 

Q : Ce que vous dites semble contredire les accords de La Mecque, où le Hamas a indiqué qu'il accepterait ou respecterait les accords établis par l’OLP.

 

R : Seulement en ce qui concerne les sujets qui ne contredisent pas l'intérêt suprême du peuple palestinien. C'est important. Nous, en tant que Palestiniens, ne pouvons négocier avec l'aide de nos frères arabes et dire : « Où est donc l'intérêt suprême palestinien ? Si nous pouvons tomber d’accord, nous agirons selon cet accord. Je dis que le gouvernement précédent, basé sur l'unité palestinienne, était dans la bonne direction pour l'intérêt suprême palestinien. Si nous pouvons trouver cet intérêt dans les accords (signés par l’OLP), nous les respecterons. Mais s’ils n’y sont pas, nous devons nous en débarrasser (les accords) et retourner au jihad (la guerre) avec l'ennemi sioniste oppressant. »

  

[1] En réalité, ceci est faux : l’OLP n’a jamais abrogé les articles de sa charte qui remettent en cause le droit à l’existence d’Israël. Ce qu’a réalisé le Conseil national palestinien le 24 avril 1996 est tout autre :

Dans la lettre qu’il adresse à Rabin le 9 septembre 1993, Arafat affirme que l’article de la charte de l’OLP déniant à Israël le droit d’exister est caduc, et il s’engage à soumettre au Conseil national palestinien pour approbation le changement nécessaire. Selon les Accords d’Oslo, l’OLP a jusqu’au 7 mai 1996 pour abroger sa charte.

Le 24 avril 1996, le Conseil national palestinien adopta le texte suivant :

    « Il a été décidé comme suit :

    1) De changer la Charte nationale palestinienne en annulant les articles qui sont contraires aux lettres échangées entre l’OLP et le gouvernement israélien le 9 septembre 1993 ;

    2) Le Conseil national palestinien nommera un comité juridique chargé de reformuler la Charte.  La Charte sera présentée à la première session du Comité central.

Il s’agit d’endormir la vigilance par un effet d’annonce qui ne sera suivi d’aucun acte. Comme rien ne se produit en effet depuis, le gouvernement israélien fait ajouter à l’accord de Hebron de 1997 une clause dans laquelle l’OLP s’engageait à « achever le processus de révision de la Charte nationale palestinienne » et ce « immédiatement ». Ce qui prouve que la Charte n’avait pas été changée. Rien ne se produisit, mais Arafat envoya tout de même le 22 janvier 1998 une lettre au Président Clinton, dans laquelle il affirmait que la Charte avait déjà été abrogée par la décision du Conseil national palestinien du 24 avril 1996.

Non dupe, le gouvernement israélien exigea dans les Accords de Wye River de 1998 que l’Autorité palestinienne « invite » l’OLP à « réaffirmer son soutien » à la lettre adressée par Arafat à Clinton en janvier 1998. Le 14 décembre 1998, le Président américain Clinton se rend à Gaza. En sa présence, Arafat s’exprime devant le Conseil national palestinien et leur dit : « Nous sommes ici pour poursuivre le chemin de la paix et pour respecter les engagements que nous avons déjà pris. C’est pourquoi je vous demande de lever la main pour montrer votre accord. » Tous les députés lèvent la main. Comme l’article 33 de la Charte de l’OLP stipule que l’abrogation d’un article ne peut être obtenue que par le vote des deux-tiers du Conseil, l’Autorité palestinienne fera courir le bruit que la Charte a été abrogée ce jour là. Mais les mains levées n’ont pas répondu à une quelconque abrogation de la Charte, seulement à « respecter les engagements déjà pris. »

Autrement dit, et en dépit de toutes les ruses, la Charte de l’OLP n’est toujours pas abrogée aujourd’hui.

 

 

    9. Fawzi Barhoum, porte-parole du Hamas

 

Site internet du Hamas, 14 février 2007

« Le gouvernement d’unité nationale s’est basé sur le document du consensus national signé par toutes les factions. Fondamentalement, il s’agit du "texte des prisonniers" amélioré. »

Il a dit que le gouvernement ne reconnaîtrait pas l'Etat d'occupation et maintiendrait la résistance armée.

 

Voici deux paragraphes du document du consensus national, modifié le 28 juin 2006, concernant la résistance :

 

a. Para. 3 : « le droit du peuple palestinien à résister et à maintenir l'option de la résistance à l’occupation par divers moyens, et de se concentrer sur la résistance dans les territoires occupés en 1967, en parallèle avec l'action politique, les négociations et la diplomatie (…) ».

 

b. Para. 10 : « Pour travailler à former un front de résistance unifié appelé "Front de Résistance Palestinienne" afin de diriger et d’engager la résistance contre l’occupation et pour unifier et coordonner l'action de résistance et œuvrer à définir une référence politique unifiée pour le Front. »

 

Lire une analyse du « Document des prisonniers »

 

  

    10. Ismaïl Radwan, porte-parole du Hamas et ‘autres hauts fonctionnaires du Hamas (sous couvert d’anonymat)

 

Interview au journal Haaretz (israélien), 28 février 2007

 

Un article du journal israélien, intitulé « Après La Mecque, le Hamas est toujours le Hamas », cite Ismaïl Radwan, porte-parole du Hamas, que le journal a interviewé : « l’organisation n’a rien changé dans sa position vis-à-vis du conquérant et ennemi sioniste ». Tout au plus, selon Radwan, le Hamas acceptera les frontières de 1967 comme solution temporaire*, et seulement à condition que « les réfugiés palestiniens retournent dans leurs maisons et que tous els prisonniers soient libérés ». Alors le Hamas considèrera la possibilité d’une Hudna (cessez-le-feu). Radwan ne fait pas partie de la frange la plus extrémiste du Hamas. Il est considéré comme une représentant du courant principal.

 

 « Israël n’a pas encore compris qu’après l’accord de La Mecque, la disparition du Fatah est juste une question de temps » déclare au journal un haut fonctionnaire du Hamas sous couvert d’anonymat. Un autre déclare quant à lui : « De toutes les personnes, vous, les Juifs, qui avaient connu tant de catastrophes, auriez dû être prudents et ne pas vous noyez dans une mer de musulmans. Vous pourriez bien subir un autre holocauste. »

 

* Lire le communiqué sur le concept de Hudna


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