 | | (Cliquez pour agrandir) | | Nathan Sharansky |
Par Natan Sharansky* * Président de l’Institut d’Etudes Stratégiques au Shalem Center de Jérusalem Il y a tout juste trois ans, au tout premier forum mondial sur l’antisémitisme organisé par l’Etat d’Israël, la tâche essentielle était de définir la bête – le nouvel antisémitisme. Depuis lors, alors que le quatrième rassemblement mondial de ce type se retrouve cette semaine, des efforts pour incorporer la distinction des « trois D » entre la critique légitime d’Israël et le nouvel antisémitisme – Diabolisation, Deux poids/deux mesures et Délégitimation – sont devenus une partie des documents et des discours internationaux. Ces réalisations et d’autres, aussi importantes soient-elles, ont été considérablement diminuées à cause du tour qu’a pris l’antisémitisme. Il est passé d’attaques isolées contre des Juifs à l’incitation au génocide – l’élimination réelle de l’Etat juif. Ce glissement s’est opéré sous la forme d’un mouvement en tenailles. D’un côté, nous avons le régime iranien, qui nie l’Holocauste et appelle à « rayer Israël de la carte », tout en se dépêchant de développer les moyens physiques d’y parvenir. D’un autre côté, nous avons ce qui est, de fait, un silence international en réponse, associé à une volonté croissante de discuter de l’existence d’Israël comme une faute, un anachronisme, ou une provocation. Nous devons reconnaître le fait suivant : bien que la sympathie pour l’objectif exprimé par l’Iran afin de détruire Israël ne soit pas vraiment le courant dominant, l’idée d’un monde sans Israël est aujourd’hui plus acceptable dans la bonne société, dans les médias et à l’université, que l’objectif exprimé par Hitler d’une Europe sans Juifs ne l’était en 1939. Dans cette situation, il doit être clair que nous sommes au-delà de l’étape des définitions. Le monde juif d’aujourd’hui doit se mobiliser à un niveau non moins élevé que pendant les combats pour établir l’Etat d’Israël ou pour libérer la communauté juive d’Union soviétique. C’est cette dernière lutte qui représente le modèle le plus puissant pour agir aujourd’hui. Bien que les deux parties de la tenaille génocidaire soient à des stades avancés de développement, le monde juif demeure embourbé dans des débats de pré-mobilisation, rappelant les premières étapes de lutte de la communauté juive d’Union soviétique dans les années 1960. Cela peut être difficile à rappeler à la lumière des succès qui ont suivi, mais alors, un débat faisait rage parmi les Juifs pour savoir si une campagne pour libérer les Juifs d’Union soviétique n’était pas « trop une dispute de clocher », et si se mettre en avant ne risquait pas d’en faire « une question juive ». Avant que ces débats internes ne soient résolus, les efforts de la communauté juive d’Union soviétique ne pouvaient être considérés comme un mouvement, capable de mobiliser des alliés et de faire bouger des gouvernements. Et ces débats ne purent être facilement, voire même complètement, mis de côté. Jusqu’en 1987, lorsque le mouvement alors mûr et puissant organisa à Washington la manifestation la plus importante jamais réunie en faveur de la communauté juive d’Union soviétique, au moment de la visite de Mikhail Gorbatchev, certains dirigeants juifs se demandaient si la communauté pourrait être mobilisée et si une telle manifestation ne serait pas contre-productive. Ils avertirent que seuls quelques milliers d’âmes braveraient le temps hivernal et que la communauté juive serait considérée comme des va-t-en-guerre responsables de gâcher le récent réchauffement des relations USA – URSS. En réalité, plus de 250.000 personnes vinrent à la manifestation qui fut le l’acte fondamental ayant ouvert les vannes, non pas seulement pour 10.000 à 20.000 Juifs, ce qui semblait déjà un rêve à l’époque, mais pour un million de Juifs qui vinrent en Israël au cours de la décennie suivante. Puisque cela commence à dater, voici un rappel pour montrer à quoi ressemble une mobilisation totale. D’abord, comme Schlomo Avineri l’a récemment proposé, les officiels iraniens doivent subir le traitement soviétique. Tout comme aucun officiel soviétique, y compris les délégations sportives et culturelles, ne pouvait voyager sans être accueilli par des protestations et des questions hostiles, il doit en être de même avec tous ceux qui représentent le régime iranien. Comme dans le cas de l’Union soviétique, de telles protestations ne changeront pas en elles-mêmes le comportement iranien, mais elles sont décisives pour créer un climat qui influencera la politique des gouvernements occidentaux. Ensuite, nous devrons réalisé un inventaire des gouvernements et compagnies qui fournissent à l’Iran du pétrole raffiné, de formidables accords commerciaux, et même une assistance militaire et nucléaire, et nous devrons exercer contre eux une pression publique afin de les amener à mettre fin à leur complicité avec un régime qui fait la course au génocide. Troisièmement, les fonds de pension des Etats des USA devront être désinvestis de toutes les compagnies qui font du commerce ou investissent en Iran. Cette campagne de désinvestissement doit être menée sans excuses ni hésitation. Quatrièmement, chaque pays partie prenante à la Convention sur le Génocide doit être appelé à remplir ses obligations au nom de ce traité, et poursuivre la mise en examen du président Mahmoud Ahmadinejad sous l’accusation d’incitation au génocide qui est une « infraction punissable » sous l’article III de ce traité. Cinquièmement, des groupes de droits de l’homme, tells qu’Amnesty International et Human Rights Watch, largement alimentés de valeurs, de fonds et de passion juifs, doivent cesser d’écraser les deux pinces de la tenaille génocidaire. Il faut, d’une part, sommer ces groupes d’exiger l’application de Traité sur le Génocide, de défendre les droits de l’homme en Iran, de s’opposer au soutien iranien au terrorisme et de le montrer. D’autre part, ils doivent cesser de détourner la cause sacrée des droits de l’homme et d’en faire une arme entre les mains de l’Iran contre Israël. Ce fut le cas il y a quelques mois lorsque, pendant la guerre du Liban, ces organisations ont tout ignoré du terrorisme du Hezbollah derrière les boucliers humains, et qualifié l’autodéfense d’Israël de « crime de guerre ». Tout comme les deux parties de la tenaille sont reliés, de même les efforts pour la combattre doivent l’être. Toutes les étapes ci-dessus concernent le côté iranien de la tenaille. Mais combattre l’autre côté, le refus du droit à l’existence d’Israël, n’est pas moins crucial – et encore plus difficile, puisque parfois, il s’agit de confronter non pas un régime voyou, mais nos chères institutions. Sur ce front, voilà ce qu'il faudrait faire. D’abord, les universités qui fournissent des chaires à des professeurs qui font campagne contre le droit d’Israël à l’existence doivent être boycottées. Dans un certain nombre de pays, la négation de l’Holocauste est un acte criminel. Dans le contexte actuel, la négation du droit d’Israël à l’existence pose les bases d’un second Holocauste encore plus directement que ne le fait la négation de l’histoire. Par conséquent, la promulgation d’une telle idéologie doit être combattue y compris par des sociétés qui vénèrent légitimement la liberté d’expression. Cela peut apparaître comme une tâche irrémédiablement perdue, mais elle ne l’est pas. Après le 11 septembre, une femme, une étudiante, s’est attaquée à l’université de Harvard alors que celle-ci était prête à accepter un chèque de 10 millions de dollars en « cadeau » d’un cheikh saoudien. Harvard a fait marche arrière, refusant le chèque et démontrant que la probité, exprimée sans contrition et avec passion, peut faire changer des idées apparemment inébranlables. Nous devons nous en tenir à un principe fondamental : si la négation de l’Holocauste peut expédier un professeur en prison, la négation d’Israël ne doit pas le laisser en fonction. Ensuite, le soutien à Israël doit être explicite. Deux décennies après la manifestation massive en faveur de la communauté juive d’Union soviétique en 1987, nous devons retourner au Mall [à Washington], en mai, le jour de l’Indépendance d’Israël, avec deux messages : Soutien à Israël, et Stop à l’Iran. Il est tard, mais il n’est pas trop tard pour surmonter ces craintes de faire trop « querelles de clocher », ce que le mouvement de la communauté juive d’Union soviétique est parvenu à dissiper il y a plus de trente ans. Le combat pour soutenir Israël et stopper l’Iran maintenant est n’est pas moins une « querelle de clocher » que le mouvement de la communauté juive d’Union soviétique ne l’était alors. A cette époque, le monde juif s’en est pris à une superpuissance mondiale, l’Union soviétique, et défiait le modèle de la politique étrangère américaine qui prévalait – la détente – avec un modèle très différent : le lien entre le commerce et les droits de l’homme. A l’époque, nous avons avec succès fait prévaloir que la liberté d’émigrer n’était pas seulement un problème juif, mais était universelle, et nous avions encore plus raison que nous ne le pensions. L’amendement Jackson-Vanik et les Accords d’Helsinki furent des facteurs décisifs pour provoquer l’effondrement intérieur de l’empire soviétique. Cet effondrement n’a pas seulement libéré des millions de Juifs, mais tous les peuples derrière le rideau de fer, et a mis fin à l’impasse d’une superpuissance vieille d’un demi-siècle qui menaçait la planète entière. Maintenant le monde se tient à un tournant qui n’est pas moins décisif. Le régime voyou le plus dangereux du monde est à la limite d’obtenir les armes ultimes de la terreur. D’ores et déjà, l’assurance qu’a l’Iran qu’elle ne sera pas arrêtée a conduit à une guerre : la guerre de l’été dernier au Liban a commencé avec le Hezbollah. D’ores et déjà, l’Iran alimente les conflits en Irak, en Afghanistan, au Liban et à Gaza – et tout cela avant que le régime ne jouisse pleinement de son propre parapluie nucléaire. Le temps avant la mobilisation est toujours un moment de solitude, pendant lequel il semble que les obstacles pour rendre une cause universelle sont insurmontables. Pourtant, comme dans le cas du mouvement de la communauté juive d’Union soviétique, nous ne sommes pas seuls. Nous sommes entourés d’alliés potentiels qui peuvent ne pas savoir eux-mêmes qu’ils sont prêts à se joindre à nous jusqu’à ce que nous cristallisions un mouvement pour qu’ils s’y joignent. Notre direction donnera à d’autres l’opportunité d’agir. Si le petit monde juif ne montre pas le chemin, qui le fera ? C’est aussi vrai maintenant que ça l’était alors ; si nous pavons la voie, nous serons sevuis. Une décennie après la vague de démocratie advenue avec la chute de l’Union soviétique, une vague de terrorisme conduite par l’Iran se dresse et ne cessera pas si elle n’est pas stoppée. Pour conclure, nous avons vaincu notre peur de mener une lutte « d’esprit de clocher » pour nous défendre la communauté juive d’union soviétique, et avons laissé au monde une bien meilleure situation à la place. Aujourd’hui, nous devons faire la même chose pour empêcher un second Holocauste, et dans ce processus, sauver le monde. Version anglaise Mobilize now, save the world Natan Sharansky, THE JERUSALEM POST Feb. 11, 2007 Just over three years ago, at the first-ever global forum on anti-Semitism organized by the State of Israel, the essential task was to define the beast - the new anti-Semitism. Since then, as the fourth such global gathering meets this week, efforts to incorporate the "three-D" distinction between legitimate criticism of Israel and the new anti-Semitism - demonization, double standards and delegitimization - have become part of international documents and discourse. These and other accomplishments, as important as they are, have been dwarfed by the quantum leap anti-Semitism itself has taken. It has leapfrogged from isolated attacks against Jews to incitement to genocide - the actual elimination of the Jewish state. This shift has come in the form of a pincer movement. On one side, we have the Iranian regime, which is denying the Holocaust and calling for Israel to be "wiped off the map" while racing to develop the physical means of doing so. On the other side, we have what is, in effect, international silence in response, coupled with growing willingness to discuss Israel's existence as a mistake, an anachronism, or a provocation. We must recognize the fact that though sympathy for Iran's expressed goal of Israel's destruction is hardly mainstream, the idea of a world without Israel is more acceptable in polite company, the media and academia today than Hitler's expressed goal of a Europe without Jews was in 1939. Given this situation, it should be clear that we are beyond the stage of definitions. The Jewish world now must mobilize at a level no less than during the struggles to establish the State of Israel and to free Soviet Jewry. It is this latter struggle that presents the most potent model for action today. Though both sides of the genocidal pincer are in quite advanced stages of development, the Jewish world remains mired in pre-mobilization debates reminiscent of the early stages of the Soviet Jewry struggle in the 1960s. This may be hard to recall in light of the subsequent success, but back then a debate raged among Jews over whether a campaign to free Soviet Jewry was "too parochial," and whether being out front risked making it too much of a "Jewish issue." BEFORE THESE internal debates were resolved the Soviet Jewry effort could not be regarded as a movement, capable of attracting allies and moving governments. Nor were such debates easily, or ever fully, put to rest. As late as 1987, when the by then mature and powerful movement organized the largest-ever Soviet Jewry rally on Washington's mall to coincide with Mikhail Gorbachev's visit, some Jewish leaders wondered if the community could be mobilized, and if such a rally would be counterproductive. They warned that only a few thousand souls would brave the winter weather, and that the Jewish community would be considered "warmongers" who were spoiling the recent warming of US-Soviet relations. In actuality, over 250,000 people came to a rally that was pivotal in opening the floodgates, not just to 10,000 or 20,000 Jews, which seemed like a dream at the time, but to a million Jews who came to Israel over the following decade. Since it has been a while, a reminder is in order of what full mobilization looks like. First, as Shlomo Avineri has recently proposed, Iranian officials should get the Soviet treatment. Just as no Soviet official, including sport and cultural delegations, could travel without being accosted by protests and hostile questions, so it should be with anyone representing the Iranian regime. As in the Soviet case, such protests will not themselves change Iranian behavior, but they are critical to creating a climate that will influence the policies of Western governments. Second, an inventory of the governments and companies that provide Iran with refined oil, huge trade deals, and even military and nuclear assistance should be taken and public pressure be put on them to end their complicity with a regime that is racing to genocide. Third, the pension funds of US states should be divested from all companies that trade with or invest in Iran. This divestment campaign must be pursued without apologies or hesitation. Fourth, every country that is party to the Genocide Convention should be called upon to fulfill its obligation under that treaty and seek an indictment of President Mahmoud Ahmadinejad on the charge of incitement to genocide, which is a "punishable offense" under Article III of that treaty. Fifth, human rights groups, such as Amnesty International and Human Rights Watch, which are heavily nourished by Jewish values, passion and funding, must stop squeezing both sides of the genocidal pincer. These groups must be challenged, on the one hand, to press for enforcement of the Genocide Treaty, to stand up for human rights in Iran, and to oppose and expose Iranian support for terrorism. On the other, they must stop perverting the sacred cause of human rights into a cudgel in Iran's hands against Israel. This happened just months ago when, during the Lebanon war, such groups all but ignored Hizbullah's terrorism from behind human shields and called Israel's self-defense a "war crime." JUST AS the two sides of the pincer themselves are connected, so too must be the efforts to combat them. All the above steps concern the Iranian side of the pincer. But combating the other side, the denial of Israel's right to exist, is no less critical - and more difficult, since at times they necessitate confronting, not a rogue regime, but our own cherished institutions. On this front: First, universities that provide chairs for professors who campaign against Israel's right to exist should be boycotted. In a number of countries, denying the Holocaust is a criminal act. In the current context, denying Israel's right to exist lays the groundwork for a second holocaust even more directly than does denying history. Therefore, the promulgation of such an ideology should be fought even by societies that justifiably revere freedom of speech. This may seem a hopelessly difficult task, but it is not. After 9/11, one woman, a student, took on Harvard University, which was ready to accept a $10 million "gift" from a Saudi sheikh. Harvard backed down, showing that moral clarity, unapologetically and passionately expressed, can change seemingly unassailable ideas. We must stand for a basic principle: If denying the Holocaust can land a professor in jail, denying Israel should not land him tenure. Second, support for Israel must be demonstrated. Two decades after the massive Soviet Jewry rally of 1987, we need to return to the Mall on Israel's Independence Day in May with two messages: Support Israel and Stop Iran. It is late, but not too late, to overcome those fears of being "too parochial" that the Soviet Jewry movement succeeded in dispelling more than 30 years ago. The fight to support Israel and stop Iran now is, if anything, less "parochial" than the Soviet Jewry movement was then. Then, the Jewish world took on a global superpower, the Soviet Union, and confronted the reigning American foreign policy paradigm - detente - with a very different one: linkage of trade to human rights. Then, we successfully argued that the freedom to emigrate was not just a Jewish concern, but a universal one, and we were more right than we knew. The Jackson-Vanik amendment and the Helsinki Accords were critical factors in triggering the internal collapse of the Soviet empire. This collapse not only freed millions of Jews, but all the peoples behind the Iron Curtain, and ended a half-century-old superpower stalemate that threatened the entire planet. NOW THE WORLD stands at a no less fateful watershed. The world's most dangerous rogue regime is on the verge of obtaining the ultimate weapons of terror. Already, Iran's confidence that it will not be stopped has led to one war, last summer's war in Lebanon started by Hizbullah. Already, Iran is fueling conflicts in Iraq, Afghanistan, Lebanon and Gaza - and all this before the regime enjoys its own full, declared nuclear umbrella. The moment before mobilization is always a lonely one, in which it seems that the obstacles to making a cause universal are insurmountable. Yet, as in the case of the Soviet Jewry movement, we are not alone. We are surrounded by potential allies who may not themselves know they are ready to join us until we create a movement for them to join. Our leadership will give others the opportunity to act. If the Jewish world does not lead the way, who will? It is as true now as it was then; if we build it, they will come. A decade after the wave of democracy that came with the fall of the Soviet Union, an Iranian-led wave of terror is rising that will not stop until it is stopped. Ultimately, we overcame our fear of parochialism to stand up for Soviet Jewry, and left the world a much better place for it. Now we must do the same to prevent a second holocaust, and in the process save the world. The writer is chairman of the Institute for Strategic Studies at the Shalem Center. |