Discours
du Premier Ministre israélien Ehoud Olmert, à la sixième Conférence de Herzliya
L’existence
d’une majorité juive dans l’Etat d’Israël ne peut se poursuivre en gardant le
contrôle de la population palestinienne en Judée, Samarie et dans la bande de
Gaza.
24 janvier
2006

Photo:
GPO
Texte anglais
traduit de l’hébreu, sur le site
du Ministère des Affaires étrangères en Israël.
Traduction
française : Menahem Macina
Honorables
invités,
Des circonstances
malheureuses ont fait que je me trouve devant vous, ici, ce soir, à la place du
Premier Ministre Ariel Sharon. Il y a deux ans [18 déc. 2003], lors de cette
Conférence, le Premier Ministre Ariel Sharon prononça un discours, connu,
depuis, sous le nom de "Discours d’Herzliya", au cours duquel
il annonça le Plan de Désengagement. Du haut de cette
tribune, l’un de nos plus illustres généraux s’engagea dans la plus dramatique
et la plus importante campagne de sa vie – la campagne diplomatique, publique et
politique du Plan de Désengagement. Ce discours et le Plan de Désengagement qui
s’ensuivit, sont des étapes marquantes de l’histoire de l’Etat
d’Israël.
J’ai eu l’honneur
de travailler aux côtés d’Ariel Sharon tout au long de ce processus audacieux.
Je l’ai accompagné durant les longs mois de conflit et de confrontation
internes. J’ai été témoin de la manière dont il résista à l’épreuve suprême à
laquelle est confronté tout dirigeant : la tentation de maintenir le statu
quo et de ne pas prendre de risques même s’ils sont de nature à assurer un
meilleur avenir. Arik Sharon n’a pas agi de cette
manière. Sa ligne de conduite a toujours été de donner la priorité à
l’initiative, de préférence à l’inaction, à la percée, de préférence au trajet
monotone. Il savait qu’il était préférable pour Israël de prendre l’initiative
de démarches politiques, plutôt que d’être à la remorque d’initiatives imposées
par d’autres en ce domaine.
L’Etat d’Israël
est une nation encore jeune. Il y a encore beaucoup d’étapes à franchir pour
édifier une société éthique aux valeurs fortes : créer un système
d’éducation fondé sur la valeur, remplir notre vie d’un contenu juif, consolider
nos liens avec les Juifs de la Diaspora, créer un système d’égalité des chances
pour les minorités arabes, basé sur les droits et les responsabilités et
développant une économie forte, juste, compatissante et dynamique. Toutefois, il
ne fait aucun doute que l’étape la plus importante à laquelle nous sommes
confrontés consiste à déterminer les frontières permanentes de l’Etat d’Israël,
pour assurer la majorité juive dans le pays.
Zeev Jabotinsky a défini l’importance d’une majorité juive à sa
manière pénétrante et tranchée :
« L’expression
de "nation juive" est tout à fait claire : elle veut dire une majorité
juive. C’est ainsi qu’a débuté le sionisme, et c’est le fondement de son
existence, il continuera à travailler à sa réalisation, ou il
échouera. »
L’existence d’une
majorité juive dans l’Etat d’Israël ne peut se poursuivre en gardant le contrôle
de la population palestinienne en Judée, Samarie et dans la bande de Gaza. Nous
maintenons fermement le droit historique du peuple d’Israël sur la totalité de
la Terre d’Israël. Chaque colline de Samarie et chaque vallée de Judée sont une
part de notre patrie historique. Nous ne l’oublions pas un seul instant.
Cependant, le choix entre notre désir de permettre à tout Juif de vivre en
n’importe quel endroit de la Terre d’Israël et celui de l’existence de l’Etat
d’Israël en tant que pays juif, exige le renoncement à certaines parties de la
Terre d’Israël.
Pour garantir
l’existence d’une patrie nationale juive, il ne nous sera pas possible de
continuer à imposer notre autorité sur les territoires dans lesquels vit la
majorité de la population palestinienne. Nous devons, le plus tôt possible,
créer une frontière nette, qui reflète la réalité démographique sur le terrain.
Israël maintiendra son autorité sur les zones de sécurité, les concentrations de
population juive, et sur les lieux qui ont une importance nationale absolue pour
le peuple juif, et d’abord et avant tout, sur une Jérusalem unifiée sous
souveraineté israélienne. Il ne peut y avoir d’Etat juif sans que la capitale
Jérusalem en soit le centre.
Telle est la voie
que le Premier Ministre, Ariel Sharon, avait tracée, il y a quelques années.
Nous - qui avons été les partenaires de sa formation – avons travaillé avec lui
à fonder un nouveau mouvement public, qui déterminera notre voie dans les années
à venir, et qui conduira Israël de l’avant.
L’existence de
deux nations, l’une juive, l’autre palestinienne, est la solution totale de
toutes les aspirations nationales et des problèmes de chacun des deux peuples, y
compris de la question des réfugiés, qui seront absorbés uniquement dans un Etat
palestinien. Nous ne permettrons pas l’entrée de réfugiés palestiniens dans
l’Etat d’Israël. Telle est notre position, qui est soutenue par celle
qu’exprimait, sans équivoque, le Président des Etats-Unis dans sa lettre d’avril
2004 au Premier Ministre. Le seul moyen d’atteindre ce but est l’entière
application de la Feuille
de Route, et de la vision du
Président Bush, de juin 2002.
La Feuille de
Route est basée sur une idée simple et juste : si les Palestiniens
renoncent à la voie terroriste et mettent fin à leur guerre contre les citoyens
d’Israël, ils peuvent obtenir une indépendance nationale dans un Etat
palestinien aux frontières provisoires, même avant que soient réglées toutes les
questions complexes relatives à un accord final. Toutes ces questions seront
résolues plus tard, au cours de négociations entre les deux pays, de la manière
correcte dont usent les pays pour résoudre leurs différends.
A la veille des
élections dans les institutions de l’Autorité palestinienne, je l’affirme ici,
au nom du Gouvernement d’Israël, nous respecterons tous les engagements que nous
avons pris dans le cadre de la Feuille de Route, et nous demanderons à la
direction politique de Ramallah de faire de même.
Israël a déjà
prouvé, entre autres par le Désengagement, qu’il est prêt à faire progresser la
paix. Il continuera à agir de la sorte en ce qui concerne les engagements dont
il a pris la responsabilité, en contrepartie d’engagements palestiniens. Ce qui
inclut : une limitation de la construction dans les implantations, une
amélioration de la qualité de vie de la population palestinienne, et le
démantèlement des avant-postes non autorisés.
Le Gouvernement
d’Israël ne se laissera pas dissuader par les menaces d’une minorité de
transgresseurs de la loi. Les avant-postes non autorisés seront démantelés, et
j’ai déjà donné, à cet égard, les instructions appropriées à nos forces de
sécurité et à ceux qui sont en charge du respect de la loi. Nous défendrons
énergiquement les valeurs du respect de la loi, même si nous sommes attaqués de
l’intérieur.
Nous avons
commencé à remplir nos engagements – qui ne sont pas faciles à mettre en œuvre,
en raison des dissensions internes dans notre pays, et du retrait de la terre de
nos ancêtres. Fidèles à la voie tracée par Sharon, nous préférons la sagesse du
compromis à l’émotion, et nous demandons au Président de l’Autorité
palestinienne et à son gouvernement d’agir de même.
Les Palestiniens,
conduits par le Président Mahmoud Abbas se sont engagés à prendre une série de
mesures concrètes, qui mettront fin à la capacité de menacer par la terreur
Israël et le processus politique. Au nombre de ces mesures figure le
démantèlement de toutes les organisations terroristes, à commencer par le Hamas,
la confiscation de toutes les armes illégales, le respect de la loi et le
maintien de l’ordre sur leur territoire, la mise en œuvre de réformes du
gouvernement, de la sécurité et des finances, et la cessation de l’incitation et
de l’éducation à la haine d’Israël.
La clé pour faire
progresser le processus politique est, pour les Palestiniens, d’abandonner la
voie de la terreur. Cela ne se fait pas par des mots, ni des déclarations et des
promesses vides – nous en avons eu notre compte dans le passé.
La feuille de
route stipule que ce n’est qu’après l’exécution totale de ces mesures que [les
Palestiniens] seront habilités à acquérir le statut d’indépendance nationale et
d’égalité des droits et des devoirs au sein de la communauté internationale. Ce
n’est pas uniquement une exigence israélienne. C’est une condition préalable
exigée d’eux par la Communauté internationale, avec, en tête, les Etats-Unis,
les pays de l’Union européenne, la Russie, l’ONU et les Etats arabes modérés,
avec, en tête, l’Egypte et la Jordanie.
Le gouvernement
d’Israël, sous ma direction, insistera pour que soit mise en œuvre la Feuille de
Route, dans toutes ses phases, et en exacte conformité avec les termes de
l’accord, parce que c’est la seule manière de préserver la sécurité et de
parvenir à la paix. Ce serait une erreur historique grave que de permettre aux
Palestiniens d’éluder leur engagement de démanteler les organisations
terroristes. Nous devons rester fidèles à la Feuille de Route, mener des
négociations en vue de sa mise en œuvre, et agir de manière à générer une forte
pression internationale sur les Palestiniens pour qu’ils combattent le
terrorisme.
Ceux qui sont
pressés ont demandé si, en raison des élections, le Gouvernement actuel a déjà
envisagé un autre retrait, au cas où de futurs contacts avec les Palestiniens se
solderaient par un échec. Nous préférerions un accord. Si nos partenaires
pressentis pour les négociations dans le cadre de la Feuille de Route n’honorent
pas leurs engagements, nous préserverons les intérêts d’Israël de n’importe
quelle manière.
Les élections qui
vont avoir lieu demain dans l’Autorité palestinienne sont, pour les
Palestiniens, une occasion historique de faire un pas
de géant vers la réalisation de leur but – obtenir l’indépendance nationale dans
un pays qui soit le leur.
En 1947, les
Palestiniens ont rejeté l’offre qui leur était faite de fonder un pays.
L’histoire leur a fourni une autre occasion de fonder un Etat indépendant. La
réalisation de cette opportunité implique la renonciation à quelques-uns de
leurs rêves nationaux, exactement comme nous-mêmes avons renoncé à nos rêves
nationaux.
Au cours des
élections de demain et lors des étapes qui suivront, ils devront décider s’ils
prennent leur destin en mains, ou s’ils laissent à nouveau l’initiative aux
extrémistes, ceux qui les mènent de mal en pis et les condamnent à une vie de
misère et de souffrance.
Il est important
d’être clair : nous sommes intéressés à des relations de voisinage qui
soient bonnes, productives et libérales. Nous appuyons l’établissement d’un Etat
palestinien moderne, démocratique, qui respecte les droits civils et dont
l’économie soit prospère. La prospérité des Palestiniens est notre prospérité,
leur bien-être est notre bien-être, leur stabilité est notre
stabilité.
Je suis de près
les élections palestiniennes. Nous avons pris des décisions importantes, dont le
but est de permettre qu’aient lieu des élections libres et sans désordres.
J’espère que les résultats permettront au gouvernement élu sous la direction de
Mahmoud Abbas de progresser vers un accord.
Je ne m’associe
pas aux mauvais augures qui prédisent déjà combien ce sera dur et horrible après
les élections dans l’Autorité. Israël saura quoi faire et comment agir en toute
circonstance, quel que soit le scénario auquel il devra faire face, pour
préserver sa sécurité et ses horizons politiques, et promouvoir les espoirs d’un
changement de réalité.
Appuyé sur un
large soutien international, Israël continuera à exiger que toutes les phases de
la Feuille de Route soient mises à exécution. Si les Palestiniens continuent à
se dérober à leurs engagements, nous sommes en mesure de défendre Israël et de
rendre coup pour coup aux actes terroristes et à ceux qui les perpètrent, comme
nous l’avons fait jusqu’à aujourd’hui, et même avec plus d’intensité
encore.
La difficile
guerre contre le terrorisme, n’a pas cessé, et ne cessera pas tant que la
sécurité des citoyens d’Israël sera menacée. L’accélération de la construction
de la barrière de sécurité, parallèlement à l’amélioration de la compétence de
Tsahal et des autres forces de sécurité, ainsi qu’une
liberté d’action accrue d’Israël, seront notre réponse au
terrorisme.
Mesdames et
Messieurs,
A côté de notre
effort considérable pour réaliser notre rêve de tranquillité, de paix et de
sécurité, nous ne pouvons pas ignorer ce qui se passe chez nous, la qualité de
la vie au sein de notre pays – notre engagement d’édifier une société forte et
fondée sur la valeur est total et sans équivoque.
Durant plusieurs
années, l’Etat d’Israël a souffert d’une grave récession économique qui menaçait
sa stabilité sociale. Nous avons commencé à prendre des mesures importantes pour
sortir de la récession. Les mesures gouvernementales ont relancé la croissance
économique. Nous avons atteint un taux de croissance de 5, 2 % en 2005, supérieur à celui de l’Europe et à celui des
Etats-Unis. Nous avons stabilisé l’emploi et fait baisser le taux de chômage de
11% à environ 9%. Nous avons encouragé les financiers étrangers à investir des
sommes sans précédent dans l’industrie israélienne et dans le système financier
israélien. Le montant des investissements étrangers directs dans l’économie
israélienne a atteint plus de 6 milliards de dollars en 2005. Tous les
indicateurs économiques laissent présager une économie israélienne forte, qui
constitue un pôle d’attraction pour les investisseurs étrangers. Ces mesures ont
été prises par le gouvernement dirigé par Ariel Sharon, avec son plein appui
sans précédent, et sous la direction du ministre des finances d’alors, Benyamin
Netanyahu.
Cependant, nous
n’avons pas encore fait assez pour réduire les écarts dans la société. Nous
n’avons pas fait assez pour défendre les couches de la population les plus
défavorisées. Nous n’avons pas fait preuve d’assez de compassion envers ceux qui
n’ont rien. Depuis que j’ai assumé la responsabilité de diriger la politique
économique et sociale de l’Etat d’Israël, nous avons décidé de changer nos
priorités et de déterminer une nouvelle liste de priorités.
La réalisation de
ce but ne se fera pas par un retour au régime de distribution d’allocations et
d’aide, mais par la fixation d’objectifs clairs dans les deux domaines
névralgiques d’une société moderne : l’éducation et l’emploi. Nous devons
accorder des chances égales à tout citoyen d’Israël. Chaque citoyen israélien a
droit à la meilleure éducation, et à un environnement encourageant et stimulant,
dans lequel il puisse gagner sa vie de manière honorable. Associer ces deux
éléments est la clé de la croissance et de la réduction des écarts
sociaux.
Avant son
hospitalisation, le Premier Ministre a donné des instructions pour que soient
élaborés des plans de travail comprenant des objectifs clairs et des programmes
d’action détaillés dans ces domaines. Ces plans seront présentés au public sous
peu et constitueront les pierres de fondation essentielles de la politique
gouvernementale.
Mesdames et
Messieurs,
Permettez-moi de
terminer sur une note personnelle. J’ai servi l’Etat d’Israël durant 32 ans. De
la position que j’ai assumée, en raison de la maladie du Premier Ministre
Sharon, je vois un Israël aux prises avec des difficultés et de grandes
adversités, mais je vois aussi la lueur d’espoir dans les yeux de beaucoup
d’Israéliens, et ce pour la première fois depuis de nombreuses années. Et, comme
l’a dit Ariel Sharon :
« Nous ne
devons pas laisser ce nouvel esprit, qui donne espoir à nos deux peuples, passer
à côté de nous et nous laisser les mains vides – je n’ai pas l’intention de
manquer cette opportunité. »
De ce lieu, de
cette tribune, je le déclare : je crois dans le peuple d’Israël et dans
l’Etat d’Israël. Je crois à la sincérité de la volonté des citoyens d’Israël de
vivre dans la paix, la sécurité et la tranquillité, et je crois en notre
capacité à atteindre ce but en étant unis.
De ce lieu,
j’adresse mes vœux de guérison rapide à l’homme qui, durant les cinq années
écoulées, nous a menés à une réalité dans laquelle il y a une chance pour un
meilleur avenir. J’espère que nous aurons la possibilité de nous tenir en sa
présence et de lui dire : nous avons marché à votre lumière.
Merci.
© Israel
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